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Chasse aux couples sur une plage algérienne

GUINÉE  /  14 Oct 2015

La vidéo d'un Algérien en train de chasser de jeunes couples sur une plage, à l'est d'Alger, a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Des images symptomatiques du conservatisme de la société algérienne selon notre Observatrice, bien que l'homme ait ensuite été arrêté.

Dès le début de la vidéo (voir ci-dessous), Rabah Guestal, un Algérien vivant en France mais en vacances dans la station balnéaire de Bordj El Kiffan, annonce la couleur : "On va chasser ceux qui forniquent dans notre quartier."

Accompagné de trois hommes et d'une quatrième personne qui filme la scène, il se dirige ensuite vers la plage de la Sirène, muni d'un bâton. "Filme, je veux des preuves", lance "Moul El Kezoula" (le "mec à la matraque"), tel qu'il est désormais surnommé sur les réseaux sociaux.

"Allez, sortez de là !", hurle-t-il, dès qu'il aperçoit des amoureux derrière des rochers. On le voit chasser plusieurs couples, les sermonner et les menacer. "Si j’étais à ta place et que je ramenais des filles près de chez toi, tu ferais quoi ?", demande-t-il à l'un des jeunes. L'un de ses acolytes ajoute : "Allez, vas-y, tu as de la chance qu'on ne t'ait pas frappé."
L'homme tente également d'expliquer sa démarche, estimant que la police ne fait pas son travail : "Oui, c'est une forme de jihad. […] Il faut prévenir le vice. Il n'y a plus de discussion possible, il n'y a que le bâton qui compte."

Cette "chasse aux couples" a suscité de vives critiques sur les réseaux sociaux, poussant Rabah Guestal à présenter ses excuses dans une nouvelle vidéo (voir ci-dessous), dans laquelle il déclare : "Je ne suis ni Daech, ni terroriste. Si j'ai fait du mal à quelqu'un, je lui demande pardon. Ça ne se reproduira plus."


Selon Algérie Focus, l'homme aurait été arrêté dimanche, avant d'être présenté lundi matin au procureur de la République.

"La 'chasse aux couples' n’est pas nouvelle en Algérie"
Sofia Djama est réalisatrice et administratrice de la page Facebook "Ma dignité n’est pas dans la longueur de ma jupe" qui vient de rouvrir après avoir été piratée et supprimée.

Sur Internet, beaucoup de gens ont vivement critiqué ce "chasseur de couples", mais ce dernier a également reçu de nombreux soutiens. En Algérie, il existe des gens ouverts, mais d’autres qui sont aussi très réactionnaires : on vit dans une société qui reste conservatrice.

Dans les vidéos, cet homme - qui s'érige en garant de la morale - prétend que ces couples étaient en train d'avoir des rapports sexuels. Mais ce n'est pas une raison pour créer une milice, ce qui est d'ailleurs interdit par la loi !

Par ailleurs, même s'ils étaient en train de faire l'amour, il faut savoir qu'il existe très peu d'endroits où les jeunes couples peuvent se retrouver en Algérie, ce qui est problématique. Dans la capitale, il y a des cafés, des salons de thé… Mais c'est beaucoup plus compliqué dans les plus petites villes, où on trouve de moins en moins de cafés par exemple. Il y a même parfois des pancartes où il est écrit "Interdit aux couples" dans les lieux publics, comme dans la forêt de Yacouren [à l'est d'Alger, NDLR]. Et dans les hôtels, il faut présenter un livret de famille pour pouvoir louer une chambre. Donc les jeunes couples ayant envie d'avoir un peu d'intimité se débrouillent comme ils peuvent...

Même à Alger, les jeunes couples se font régulièrement embêter par les policiers. Par exemple, quand on circule en voiture avec mon compagnon et qu'on se fait arrêter à des barrages policiers, ils lui demandent systématiquement : "Elle est qui pour toi ?" Leur rôle consiste pourtant uniquement à assurer la sécurité, ce n'est pas la police des mœurs...

La "chasse aux couples" n’est donc pas nouvelle en Algérie, où il y a déjà eu également la chasse aux maillots de bain, la chasse à ceux ne respectant pas le jeûne… Mais à un moment donné, cette bigoterie pose vraiment problème. D'ailleurs, si les autorités ont réagi à la suite de cette vidéo, c'est qu'elles se rendent compte qu'il y a des limites à ne pas dépasser.
Conakrytime.com , France 24